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jeudi 3 avril 2014

Les canaux se suivent et…


Le voyageur qui embouque le canal du Centre en partant de Digoin s’engage dans un paysage charmant fait de canal large, de longues lignes droites, de courbes douces, d’écluses modestes et d’indications d’écluses qui racontent n’importe quoi (voir photo). Il pourrait penser qu’il est toujours sur le canal latéral à la Loire. Pour peu que le soleil y mette du sien, des enfilades de platanes pourraient même, ici et là,  lui faire croire qu’il avance sur le canal du Midi ! 
  Mais peu à peu, le canal va se rétrécir, les lignes droites disparaître, les courbes se durcir, les écluses se creuser et le voyage deviendra… vraiment intéressant.

Alors, elle est où la 26 ? Et les 27 et 28 qui n'existent plus ?
Terrain de foot ? Potager communal ? Non : la cale sèche de Digoin !…

Ce voyage sur le canal du Centre qui nous permet de boucler la boucle des canaux de Bourgogne nous a bien plu. Chagny est une escale sympathique, même sans électricité. À Saint-Léger -sur-Dheune la station pour gazoil n’est pas très loin si l’on a un charagazol comme l’Ivanka (voir chapitres précédents). Génelard vaudrait la peine qu’on s’y arrête ne serait-ce que pour la gratuité (amarrage, eau, électricité) qui fait la moyenne avec les tarifs prohibitifs de Chalon, mais il y a aussi, dominant la darse, le Refuge restaurant accueillant, chaleureux, à la cuisine agréable et bon enfant (Wi-Fi gratuit). Enfin, Paray-le-Monial, pour ses monuments, sa halte fluviale proche du centre ville et ses services techniques accueillants et efficaces, mérite de s’y arrêter une journée au moins. 
     Maintenant, sur le canal latéral à la Loire, ce sont grands biefs droits et écluses à la chute modeste qui nous rapprochent peu à peu de Nevers, notre destination. L’escale de Diou, propre et agréable (pas d’électricité mais le wi-fi à un bar tout proche) vaut la peine. Avant Decize, Gannay est un arrêt près d’un chantier fluvial mais en pleine campagne. 

Le pont-canal de Digoin traverse la Loire.

À nous les longs biefs droits du canal latéral !
     Ce soir nous sommes à Decize. Nous y sommes déjà passés il y a quatre ans, coincés par une crue de la Loire qui nous empêchait de rejoindre le canal du Nivernais. Mais ce retour est comme une première fois : tout a changé. Un nouveau port est né par la volonté de la communauté de communes, un port tout neuf, bien équipé, au tarif raisonnable, auquel s’ajoutent de petites maisons en bois qui se louent et qui font penser à ces villages du grand nord aux belles couleurs. Une réussite et, comme toujours un bon accueil. Dommage que la connexion Wi-Fi soit un peu faible.
   Ce soir, on entend les grenouilles, ce qui explique la présence persistante du héron local.


C'est le moment de cueillir les orties pour une bonne soupe.

À Diou, quand les volets sont fermés, même la maison dort.

Le nouveau port de jonction de Decize.

mardi 25 mars 2014

Canal du Centre


       Une nuit de pluie diluvienne plus tard, nous avons quitté Chalon pour embouquer le canal du Centre.   
Après les grands horizons de la Saône, entrer dans un canal fait tout drôle. On se sent à l’étroit, coincé entre deux berges qu’on dirait parallèles mais qui se rejoignent à l’horizon, alors allez savoir… Et puis, il y a les écluses. Sur une rivière, la Saône par exemple, on peut faire vingt kilomètres avant de rencontrer une écluse immense dans laquelle on entre les yeux fermés, mais sur un canal…
     Sur ce canal, la première écluse nous monte à 10 m. En trois jours, nous monterons 138 m en 36 écluses. Ce canal serpente dans une campagne agréable, comme tous les canaux, mais celui-ci serpente à un point tel qu’on se demande si les ingénieurs qui l’ont tracé savaient où ils allaient ! J’aime bien, parce qu’au-delà de chaque courbe, que va-t-on trouvé ?
Première écluse, 10 m. On a vu pire. Mais elle n'est pas engageante : il faut pénétrer dans ce grand trou noir…

Un bollard flottant, ça fait sourire, parce qu'il n'y a qu'à tenir…


     En général on trouve une écluse, bon, mais sait-on jamais !… Oh ! des écluses on en trouve. Avant-hier, pour terminer la montée vers le bief de partage (la partie la plus haute du canal), nous avons parcouru, en 5 heures, 18  km, passé 19 écluses et monté de 75,15 m. Ce n’est plus de la navigation, c’est de l’alpinisme ! Comment voulez-vous aller vite dans ces conditions (vite, c’est-à-dire entre 6 et 8 km/h, vitesse limite sur un canal) ? Surtout que plusieurs écluses font 5, 20 m de dénivelé. C’est-à-dire que lorsqu’un éclusier n’est pas là pour vous aider, il vous faut grimper à une échelle verticale (devinez qui grimpe),

Quand je dis vertical…
Hein ? 5 mètres, quand même…

aller tirer une ficelle ridicule, mais bleue (la rouge c’est pour les accidents) puis redescendre en vitesse le long de la même échelle verticale pour aller tenir votre amarre, heureusement capelée sur un bollard flottant qui monte en même temps que le niveau de la bassinée. 

On le voit que ça monte, non ?


Jusqu'à dominer les toits !

Un peu de tourisme : Le village de Chagny vous propose, en plus d'un restaurant trois étoiles au Michelin et d'une bonne quinzaine d'autres moins étoilés, un œuvre contemporaine qui mérite le déplacement. Elle est posée sur la place de l'église. Voilà.

je ne vous donne pas le nom de l'auteur…

C'est un bloc octogonal d'acier de 2 m de haut,  2,40 m de diamètre,  qui pèse 57 tonnes. Conçu spécialement pour cette place. C'est une œuvre. Voilà.